Webinaire de recherche
Présentation
Et si la ligne droite était l’un des grands mythes de la traduction ?
Un texte ne va presque jamais simplement d’une langue à une autre. Il bifurque, transite, revient sur ses pas, change de mains, de voix, de support ou de statut. Il passe par une langue-relais, une retraduction, une adaptation, une institution, un éditeur, une communauté de lecteurs, parfois un dispositif algorithmique. Il peut être déplacé, censuré, réapproprié, réécrit — et c’est souvent dans ces écarts que se joue sa puissance de transformation.
Le séminaire propose cette année de placer le détour au centre de nos réflexions. Il s'agira de considérer le détour non seulement comme déviation accidentelle par rapport à une traduction supposée directe, mais aussi comme forme constitutive de l’acte traductif. Plus largement que la seule indirect translation, le détour désigne ici l’ensemble des médiations, déplacements et négociations qui s’interposent entre un texte et ses devenirs. Il invite ainsi à déplacer quelques-unes des catégories les plus familières des Translation Studies — original et dérivé, auteur et traducteur, fidélité et trahison, centre et périphérie — pour suivre ce qui arrive aux textes lorsqu’ils circulent réellement.
Mais le détour ne fait pas que transformer les textes : il transforme les relations. C’est le pari contenu dans la formule qui donne son titre à cette deuxième année : « Je traduis, donc nous sommes ». Le « nous » de la traduction n’existe pas nécessairement avant elle. Il se constitue dans l’acte même qui met en relation des langues, des temporalités, des expériences et des mondes sans les réduire à l’identique. Traduire ne serait donc pas simplement franchir une distance entre des communautés préexistantes, mais participer à la fabrication toujours instable de leurs relations. C’est précisément l’une des hypothèses centrales du séminaire : le « nous » n’est pas le préalable de la traduction, mais peut en être l’un des effets.
Cette hypothèse prend une acuité particulière au moment où les conditions mêmes de la médiation se transforment. Traductions collectives et communautaires, circulations transnationales, rétrotraductions, pratiques plurilingues, plateformes numériques et intelligence artificielle redistribuent aujourd’hui les places de l’auteur, du traducteur, du texte et de ses publics. Le détour permet alors de poser une question commune à des objets très différents : qui — ou quoi — traduit lorsque les textes circulent, et quel monde commun ces opérations contribuent-elles à produire ?
À partir d’études consacrées à l’arabe soudanais, aux communautés de rétrotraduction, aux trajectoires de traducteurs, aux circuits de la littérature traduite en Irlande, aux médiations linguistiques dans les contextes policiers français ou encore aux circulations franco-japonaises de la poésie, le séminaire explorera ainsi le détour comme opérateur critique pour penser ensemble traduction, médiation, relation et circulation.
Cette nouvelle saison prolonge une première année du séminaire, « Traduction et détournements : une culture universelle du piratage ? », qui a accueilli en 2025-2026 Lily Robert-Foley, Claudine Le Blanc, Michael Cronin, Coraline Jortay, Samah Selim, Cécile Brochard et Joaquin Ruiz Zubizarreta.
Le séminaire se tient entièrement en ligne sur Zoom.
Horaire : premier vendredi de chaque mois à 14h (Heure de Paris)
Lien de connexion : https://univ-reunion-fr.zoom.us/j/86527546059
Contact :
Laetitia.Saint-Loubert@univ-nantes.fr
benedicte.letellier@univ-reunion.fr
Séances
- 2 octobre 2026
- 4 décembre 2026
- 5 février 2027
- 5 mars 2027
- 2 avril 2027
- 14 mai 2027