• Le 13 décembre 2019
    De 09:00 à 12:00
    Campus Tertre
    Bâtiment Censive Salle C248

Ce vendredi 13 décembre 2019, Sara Alvarez-Pérez soutiendra sa thèse intitulée : « Traverser la muga. Enjeux géopolitiques et stratégies d’internationalisation d’Euskadi Ta Askatasuna ».

Le jury sera composé de:
  • Manuelle Peloille, Professeure des Universités, Université d'Angers.
  • Severiano Rojo, Professeur des Universités, Université d'Aix-Marseille.
  • Jesús Alonso Carballés, Professeur des Universités, Université de Bordeaux-Montaigne. Santiago de Pablo, Professeur des Universités, Université du Pays basque - Euskal Herriko Unibertsitatea.
  • Géraldine Galeote, Professeure des Universités, Université de Nantes.

Ce travail de thèse porte sur l’influence du contexte géopolitique sur la naissance et l’évolution idéologique et stratégique de l’organisation terroriste Euskadi Ta Askatasuna (ETA). Notre étude a pour but d’analyser comment le contexte géopolitique influe sur les stratégies de légitimation conçues par ETA afin de se bâtir une place tant au sein des organisations politiques basques qu’au niveau de l’opinion publique internationale, notamment en France.
Le contexte de la Guerre froide, marqué par l’éruption des processus de décolonisation et par le surgissement d’organisations révolutionnaires qui prônaient la lutte armée, établit les bases sur lesquelles ETA construit son arsenal médiatique. Nous mesurerons la portée des stratégies communicationnelles développées par l’organisation afin de mener à bien ses objectifs.

L’étude des sources documentaires variées, comme les rapports de la police française ou les recours présentés par les militants d’ETA devant la Commission des Recours des Réfugiés (CRR) contre le rejet de l’octroi du statut de réfugié politique en France, révèlent que les autorités françaises montrèrent un intérêt particulier par l’organisation ETA au niveau administratif et policier, alors qu’au niveau diplomatique la France pratiqua un attentisme fortement critiqué par les autorités franquistes. Les comptes-rendus des contacts maintenus entre ETA et le Parti communiste d’Espagne (PCE) ont constitué également une source d’intérêt, d’autant plus que, sous le franquisme, la collaboration entre les groupes de l’opposition était indispensable à la réussite de leurs ambitions politiques respectives.L’un des objectifs essentiels de ce travail consiste à analyser comment le projet d’ETA — l’indépendance d’Euskal Herria, considérée comme une colonie occupée par l’Espagne et par la France — est directement
relationné avec les circonstances géopolitiques de la Guerre froide, marquées par le surgissement de diverses armées de libération nationale dans les territoires colonisés. La répression de la police franquiste et la mobilisation  de  l’appareil  médiatique du régime face aux premières actions violentes d’ETA — essentiellement, la dégradation matérielle de symboles urbains de la dictature — motivèrent non seulement le surdimensionnement de ces actes de  vandalisme,  mais  aussi  la traversée de la plupart des militants de l’organisation de l’autre côté de la muga  — la  frontière,  en  langue  basque —, favorisant la création de réseaux de soutien avec des groupes autonomistes basques français. Le déclin  progressif  de  la dictature en Espagne modifia graduellement les  stratégies  d’internationalisation  menées  à  bien  par  l’organisation,  de  manière qu’après la mort de Francisco Franco et le début de la Transition à la démocratie, ETA fit valoir le capital symbolique amassé pendant la dictature afin d’accaparer l’attention politico-médiatique et ainsi légitimer sa persistance dans la lutte.