Cette journée d’étude est le premier volet d’une réflexion qui souhaite s’inscrire dans les études de genre et la vision du corps considéré comme hors norme, monstrueux, marginal.

Cette première partie consacrée au corps des sorcières et des magiciennes accueillera des communications relevant des domaines linguistique, historique, littéraire, artistique, juridique. Elle portera sur les représentations iconographiques, textuelles de ces femmes et « nonfemmes » attirantes ou repoussantes en Europe occidentale. La langue de communication sera le français.

Si les magiciennes sont nommées (Alcina, Morgana, Médée, Circée), les femmes accusées de sorcellerie diabolique aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles restent anonymes jusqu’à ce qu’elles soient dénoncées et que leur identité soit déclinée dans les procès pour sorcellerie. Dans ces mêmes procès, plusieurs paramètres sont motifs d’accusation et parmi ceux-ci le corps de la sorcière sur lequel se trouvent les stigmates révélateurs de son appartenance à l’engeance démoniaque.
La magicienne relève plus de la mythologie, de la fiction, tandis que la sorcière diabolique appartient à une réalité paysanne. Le corps de la sorcière moderne est présenté par les démonologues comme un corps hors norme puisqu’il reflète des actions transgressives et marginales. Quelles sont alors les représentations physiques de la sorcière et de la magicienne ? La première est souvent laide et âgée tandis que la seconde est jeune et belle, mais cette polarisation n’est pas systématique. Leur apparence change au fil des siècles et se juxtapose aux changements sociétaux. Le corps se fait miroir du monde ; le rapport entre société et corporalité prend ici tout son sens et met en lumière le paradoxe du corps féminin, victime de conceptions misogynes héritées de l’Ève pécheresse. Sorcières et magiciennes sont des « hommasses », des « viragos » qui bouleversent les codes archétypaux de la société patriarcale. La sorcière et la magicienne remettent en question la hiérarchisation des sexes et contribuent à diffuser une peur du corps féminin méconnu des hommes scientifiques. La représentation du corps de la sorcière et de la magicienne – décrié et condamné ou élevé et idéalisé – présente dans tous les types de discours se révèle être profondément liée à l’histoire de la construction et de l’affirmation du pouvoir.
 

Programme de la journée


9h : Accueil des participants

9h30 : Ouverture de la journée d‘étude par Georges Letissier, Directeur du CRINI, en présence de Didier Delorme, Doyen de la FLCE

Session 1 "Le diable au corps" : Discours fondateurs
Modération : Leslie de Bont

9h45 : Ana Condé, La Sorcière et son corps : une cristallisation du Mal

10h15 : Ghislain Tranié, Le diable au corps ou le christ au cœur? Les symptômes corporels de la possession chez la sorcière et la religieuse dans la Lorraine de la première modernité

10h45-11h : Pause café
 
Session 2 "Le rouet et la quenouille" : Diffusions et portées du corps de la sorcière dans la littérature française
Modération : Nathalie Grande

11h : Tatiana Clavier, Les devisantes des Évangiles des Quenouilles : mise en scène burlesque de vieilles « sorcières maquerelles » ou contestation de l’ordre du genre mis en place à l’aube des temps modernes ?

11h30 : Florent Libral, Le corps de la sorcière, double inversé du corps du roi ? Une lecture politique sur fond de crise de la sacralité du pouvoir

12h : Bérangère Chaumont, Fille du feu : la belle dame des romantiques

12h30–14h30 : Déjeuner
 

Session 3  "La danse enchantée" : Représentations visuelles des sorcières et des magiciennes
Modération : Émilie Lehours
 
14h30 : Julien Alexis, La représentation de la sorcière via les grades dans l’art flamand et hollandais des XVIe et XVIIe siècles

15h : Isabelle Malmon, De la goyave au bâton : Maléfices et bénéfices de la femme indigène dans deux écrits de Paul Gauguin

15h30 : Maëlle Rousselot, Les Willis dans Giselle : entre peur et idéalisation

16h-16h30 : Pause café
 
Session 4 "Les métamorphoses" : Enjeux et alternatives de l’image corporelle de la sorcière et de la magicienne
Modération : Ana Condé

16h30 : Émilie Lehours, "Circé transtextuelle" : Représentations de la magicienne Circée dans la littérature et la peinture italiennes

17h : Akihiko Betchako, Les sorcières chantées et racontées dans la tradition orale en Bretagne

17h30 : Leslie de Bont, « If it isn’t true of dynamite, it’s true of women » : ce que le corps dit de/à la sorcière

18h : Clôture de la journée d‘étude
 
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Itinéraire vers ce lieu Faculté des Langues et Cultures Étrangères (FLCE) Chemin la Censive du Tertre - BP 81227
Nantes
44300 Nantes